L’évolution des rôles des femmes africaines : une danse entre hier et demain

by Gabrielle SOKENG

 

 

Sur le vaste continent africain, une histoire palpite, tissée des fils subtils de la tradition et de l’audace du changement. C’est une histoire écrite non seulement dans les manuels, mais dans les vies, les rires, les défis et les triomphes des femmes. Imaginez-vous parcourant une galerie vivante où les récits de dix femmes africaines, de générations et d’horizons différents, s’entrelacent pour former un tableau saisissant de l’évolution des rôles féminins. C’est ce tableau captivant que nous vous invitons à contempler.

Les aînées, gardiennes d’une sagesse millénaire, racontant comment elles ont bousculé les attentes de leur époque, ouvrant la voie à l’inconnu avec courage et résilience. Elles sont les pionnières de cette quête perpétuelle d’équilibre entre tradition et modernité.

Ecoutez ensuite les voix des générations intermédiaires, portant en elles le flambeau transmis par leurs aînées. Leurs histoires sont des échos mélodieux de combats personnels et de succès partagés. Entre les limites de l’ancien et les opportunités du nouveau, elles écrivent leur propre narration, tout en continuant de respecter les racines qui les nourrissent.

Puis, les voilà, les jeunes femmes d’aujourd’hui, dynamiques et engagées, qui font entendre leur propre mélodie. Elles embrassent la modernité tout en honorant les coutumes qui ont façonné leur identité. Leurs histoires vibrent d’une énergie nouvelle, empreinte de résolution et d’aspirations qui ouvrent des portes vers un futur où les rôles traditionnels ne sont plus rigides, mais flexibles et évolutifs.

Cet article ne se contente pas de vous raconter une histoire. Il vous transporte dans les rues animées de la Guinée, les vallées verdoyantes du Cameroun, les marchés colorés du Sénégal, les collines enivrantes du Burundi et bien au-delà. Vous entendrez le doux murmure des tissus traditionnels et le cliquetis des claviers d’ordinateur, les rires des cérémonies ancestrales et le grondement des manifestations pour l’égalité à travers votre lecture.

Laissez-vous emporter par ce récit polyphonique de l’évolution des rôles des femmes africaines. Une symphonie où chaque note, chaque témoignage, chaque épreuve et chaque triomphe se mêlent pour créer une harmonie nouvelle, reflétant un continent en constante métamorphose. Entrez dans cette galerie vivante, où chaque portrait de femme ajoute une teinte vibrante à la toile complexe de l’Afrique en mutation.

Jeanne a 65 ans, retraitée de la fonction publique, maman de plusieurs enfants et épouse unique de son mari. Nicole a 43 ans, journaliste, mère et deuxième épouse de son mari. Elles vivent au Cameroun. Touti a 52 ans, elle est technicienne de surface, mariée, mère de 4 enfants et grand-mère. Nogaye a 50 ans, femme au foyer, première épouse et mère de 4 enfants. Diamilatou a 48 ans, commerçante, deuxième épouse, mère de 4 enfants et grand-mère aussi. Marième a 49 ans, divorcée et mère de 2 enfants. Elle responsable logistique dans une ONG internationale. Zeina a 31 ans, célibataire et chef de projet dans une organisation internationale. Madeleine a 30 ans, célibataire sans enfant, assistante de direction dans une entreprise de logistique. Fatou, elle a 25 ans, mariée et mère de 3 enfants, et est femme au foyer. Celles-ci vivent au Sénégal. Saran a 40 ans, mariée, elle est l’unique épouse de son mari. Elle est chargée de communication pour un programme du gouvernement guinéen, y vit et a 3 enfants. Judicaëlle, elle a 22 ans, elle vient de commencer sa vie professionnelle en qualité d’assistante sociale dans une association d’aide à l’enfance au Burundi. Elle se réclame féministe radicale et est célibataire avec un enfant.

 

Les Aînées : Gardiennes de la Sagesse, Pionnières du Changement

Leurs histoires personnelles sont riches et complexes mais différentes du point de leurs vécus. Diamilatou et Jeanne sont, elles, allées à l’école. Même si l’une a arrêtée très tôt pour se marier et l’autre a poussé ses études plus loin. Nogaye et Touti, n’ont pas fait d’études. Cependant leurs témoignages sur l’évolution du rôle des femmes africaines d’un pays à un autre, sont pareilles.

Jeanne, Touti, Nogaye, Nicole et Diamilatou expliquent que les rôles et les attentes traditionnellement associés aux femmes dans leurs communautés et dans leurs familles étaient les mêmes. « La femme devait fonder son foyer, gérer sa famille et s’occuper de son mari et sa belle-famille », explique Touti. Elles ont été éduquées dans cette logique. Aujourd’hui elles sont toutes d’accord pour dire que la nouvelle génération est majoritairement très impatiente et refuse de vivre des situations difficiles dans leurs foyers. Elles sont « matérialistes et aiment le luxe » renchérit Diamilatou.

Nogaye rajoute que tout ce que cette génération veut maintenant c’est les mariages « toi et moi ». Plus question de vivre au milieu de la belle famille. Elle trouve cependant que les femmes restent braves dans leurs ensembles et font de leur mieux pour aider leurs époux.

Jeanne raconte avec émotion comment sa mère a dû se battre pour convaincre son père de laisser sa fille unique aller à « l’école des blancs » et faire des études poussées. Elle trouve qu’« aujourd’hui, en plus de leur rôle dans leur foyer ( prendre soin de la famille, éduquer les enfants, conseiller son mari), la femme occupe des postes de responsabilités ». Elles ont même maintenant le droit de « préparer et goûter aux mets qui, auparavant, étaient exclusivement réservé aux hommes », explique-t-elle.

« Je ne suis pas allée à l’école, j’ai travaillé très jeune en faisant le ménage chez des particuliers, j’étais à l’époque en Casamance avant de venir à      Dakar. Pour moi, les jeunes femmes d’aujourd’hui ne respectent pas les traditions. Nous les aînées nous devons les aider à garder les pieds sur terre tout en regardant devant elles », nous explique Touti.

De leurs expériences, elles ont tiré des leçons qu’elles ont apprises à leurs descendances et des aspirations qu’elles leur ont insufflé. À une exception près, elles ont poussé leurs filles à être indépendantes et à ouvrir large leurs horizons tout en ne reniant pas leurs racines africaines et traditionnelles.

 

De l’Héritage à la Transformation : Voix des Générations Intermédiaires

 

Allons à la rencontre de 4 femmes qui vivent entre 2 âges, 2 mondes et 2 générations.

La génération intermédiaire a expliqué comment elle a jonglé entre tradition et modernité pour tracer son propre chemin. Elles sont arrivées à suivre leurs parcours éducatifs, professionnels, et familiaux en suivant le chemin tracé par les aînées.

Saran, Zeina, Madeleine racontent qu’elles ont été à l’école et n’ont pas du tout vécu d’entraves à leurs études. Elles ont suivi le chemin dessiné par leurs parents qui n’ont jamais essayé de les empêcher d’atteindre leurs objectifs personnels. Tout le contraire de Marième qui explique qu’elle a vécu au village dans une famille polygame cultivatrice où sa mère était troisième femme. Elle a été la seule à être allée à l’école et que c’est grâce au courage de sa mère qui a tenu tête à son père qu’elle a intégré l’école publique de la ville. Elle raconte d’une voix sourde comment elle a échappé au mariage forcé avec le jeune homme qu’on lui avait choisi à sa naissance. « Quand j’ai eu 12 ans, j’ai eu mes premières règles et mon père a dit qu’il était temps que je sorte de l’école pour épouser mon cousin germain. Je devais aller au lycée dans une autre ville, j’avais réussi à l’examen d’entrée en 6ème. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. On est parties de nuit avec ma mère pour rejoindre sa sœur dans la capitale. Tout le village nous a cherché. Quand on nous a retrouvé mon père est venu chez nous, a répudié ma mère après l’avoir roué de coups. J’ai décidé en ce moment-là que je ne laisserai jamais aucun homme m’empêcher d’avoir des ambitions. J’ai excellé dans mes études et ai épousé l’homme que j’ai choisi. Même si je suis divorcée aujourd’hui parce que j’ai refusé la polygamie qu’il a voulu m’imposer à la fin, ma mère est fière de moi. Pour mes filles, je me battrai jusqu’au bout ! Pas question qu’elles vivent ce que j’ai traversé pour en arriver là ! »

Madeleine explique qu’« ayant grandi dans une famille mixte où il existait une très grande disparité culturelle et religieuse, moi tout ce qu’on m’a imposé c’était d’aller à l’école et d’exceller. Mais cette société voudrait que nous ne soyons pas dans des bureaux ou des postes haut placés mais qu’on soit à la maison au foyer parce que c’est ce pourquoi nous sommes là. Sauf que les hommes ne sont plus intelligents que nous. Donc pourquoi devrons-nous nous arrêter à un certain niveau, pourquoi devons-nous pas aller aussi loin qu’eux ? » s’interroge-t-elle.

Zeina de son côté affirme : « dans ma famille, les attentes de mon père étaient que je fasse de grandes études et que j’ai une une brillante carrière ». Quand on lui demande comment les attitudes envers le mariage, la famille et la maternité ont-elles évolué au cours de sa vie, elle répond : « toujours eu la même philosophie : je préfère être heureuse en mariage que d’être heureuse d’être mariée et je l’ai fait comprendre à mon entourage. Oui il y a un temps pour la maternité, mais comme disent les anglophones “God’s time is the best” Cette question est vue différemment en fonction du milieu social. Certaines femmes ont grandi avec pour seul but d’être des femmes mariées au foyer et c’est aussi un choix à respecter ».

« Quand j’étais un peu plus jeune, on a vu nos sœurs, nos mères qui étaient plus sur les tâches ménagères. Donc elles étaient plus à la cuisine, le marché, le ménage…  Dans la cité où je suis née à Fria en Guinée, les mamans étaient plus à la maison mais les grandes sœurs partaient à l’école comme moi, même s’il fallait faire tous les jours tous les travaux de la maison avant d’y aller » raconte Saran.

Cette génération intermédiaire a vécu une révolution dans la perception des rôles des femmes en Afrique. Même si leur chemin vers l’égalité des sexes est semé d’embûches, cette génération a réussi à briser de nombreux tabous et à élargir les concepts de masculinité et de féminité. Elles ont ouvert la voie à la jeune génération, en leur montrant qu’il est possible de vivre une vie émancipée et de jouer un rôle important dans la société. C’est grâce à elles que la jeune génération est en mesure de continuer à se battre pour l’égalité des sexes en Afrique, en s’appuyant sur les enseignements de leurs ainées. « Je dis à mes petites sœurs, battez-vous pour vos rêves, ils sont importants. Ne laissez pas la société vous empêcher d’évoluer. Quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez, arrangez-vous pour qu’elle soit celle que vous avez choisi et non celle qu’on vous a imposé. Réveillez-vous ! » conclut Marième en riant.

 

Les jeunes d’aujourd’hui : briser les chaînes et écrire l’avenir

 

La nouvelle génération a grandi dans un monde où le rôle des femmes est en constante évolution. Elles ont été témoins de la bataille que leurs mères et leurs grand-mères ont mené pour l’égalité des sexes et ont été impressionnées par leur résilience et leur détermination.

Fatou a elle-même renoncée à aller à l’école pour se marier quand elle est tombée enceinte de sa première fille. Tout le contraire de Judicaelle qui a cumulé avec fierté son statut de maman et d’étudiante parce qu’elle voulait à tout prix avoir un diplôme et subvenir elle-même à ses besoins et à ceux de son fils.

La fougue de la jeunesse est bien représentée avec Judicaelle qui raconte : « ma mère est une femme forte et j’ai grandi sous son aile, ayant perdu mon père très tôt. Elle est pourtant totalement ancrée dans les traditions. A l’extérieur elle est la femme docile et parfaite qui se battait pour éduquer sa fille et entre nous elle me disait de ne jamais laisser les hommes ou la société avec raison sur mes désirs. Donc très vite j’ai sû que je ne rentrerai pas dans le moule que la société voulait. Quand j’ai eu mon bébé, elle a tenu tête à toutes mes tantes qui voulaient me marier au père de mon enfant et m’a encouragé à continuer mes études. Je partais en cours avec mon gros ventre. Et j’organisais des ateliers de confiance en soi avec les filles de ma classe. (rires…). Ça rendait ma famille paternelle folle mais ma mère a toujours fait tampon entre nous. »

Fatou a choisi de se marier sans aucune contrainte, elle a épousé l’homme qu’elle a voulu. Et Judicaëlle milite pour le combat féministe et fais le tour de l’Afrique pour faire de la sensibilisation sur les violences basées sur le genre.

Ce voyage à travers les générations nous invite à réfléchir sur les opportunités et les obstacles auxquels les femmes africaines font face aujourd’hui, ainsi qu’à envisager l’avenir de l’égalité des sexes sur le continent. Jeanne nous raconte une anecdote : « Envoyée en mission avec trois collègues hommes dans un pays dont je vais taire le nom, le chef de notre délégation m’a confié un travail de dernière minute, après qu’il ait pris le soin de cacher des éléments clés alors que j’étais programmée pour une présentation à la première heure le lendemain. Lorsque je suis allée lui en parler, il n’a pas pris la peine de cacher le mépris qu’il éprouvait pour moi, accompagné des insultes qui visaient aussi bien ma personne que ma dignité. J’ai donc compris qu’il s’agissait d’un acte délibéré et je suis rentrée dans ma chambre pour prouver à moi – même ( j’avais été humiliée) et aux autres qu’ils avaient tort. Le lendemain, j’ai fait une présentation magistrale que je n’aurais sans doute pas faite si je n’avais été titillée. » Elle conclut en disant : « Je rêve d’une Afrique dans laquelle la femme devra apprendre à se surpasser dans le cadre de sa carrière professionnelle si elle veut gagner le respect et impacter les futures générations. »

 

En contemplant les témoignages de ces onze femmes africaines, une mélodie se dessine, une symphonie de résilience, d’aspirations et de changement. L’évolution des rôles des femmes en Afrique est bien plus qu’une simple transformation sociale. C’est un récit vivant, tissé de fils d’histoire, de culture et de courage.

De l’écho des coutumes ancestrales aux acclamations du progrès moderne, ces femmes ont tracé un chemin qui allie harmonieusement hier et demain. Les aînées, gardiennes de la sagesse, ont ouvert la voie à l’audace des générations intermédiaires et à l’enthousiasme des jeunes d’aujourd’hui. Chacune a apporté sa propre note à la partition complexe de l’évolution africaine.

Le tableau qui émerge de ces témoignages est une œuvre d’art en constante création, reflétant un continent qui se réinvente tout en honorant ses racines. Les femmes africaines, de la tradition à la modernité, ont montré que l’égalité des sexes n’est pas un rêve lointain, mais une réalité en mouvement, une réalité que chaque génération façonne à sa manière.

*Certaines images sont générées par IA

 

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