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Ndeye Faty SARR

La fulgurance de la propagation de la pandémie de Covid-19 à partir du premier cas détecté en Chine a créé une onde de choc à travers le monde. Habitués à des épidémies et des pandémies meurtrières (Ebola, Sida, paludisme, etc.) et disposant de systèmes de santé peu efficaces, les pays africains s’attendaient au pire. Toutefois, ces prévisions alarmistes ne se sont pas concrétisées. Cette « exceptionnalité africaine » serait liée à la jeunesse de sa population (l’âge moyen est de 19,7 ans contre 42,5 ans en Europe) et la faible densité de population (Braeckman, 2020 ; Fall et Brassard, 2020).  Les décès liés à la Covid-19 ne se comptent pas par milliers en Afrique comparativement aux pays européens (400 689 décès au 28 novembre 2020)[1] et ceux d’Amérique (702 300)[2]. A titre d’exemple, la Côte d’Ivoire comptait au 27novembre 2020, 131 décès liés à la Covid-19 (Observatoire de la francophonie économique, 2020[3]). Dès l’apparition des premiers cas de Covid-19 en mars 2020, les gouvernements burkinabè, guinéen, ivoirien, malien, nigérien et sénégalais ont pris des mesures de lutte contre la propagation du virus notamment l’état d’urgence sanitaire accompagné de la mesure d’un couvre-feu, de la fermeture des frontières, des écoles, des universités et de l’interdiction des rassemblements publics(Ndiaye, 2020 ; Dusoulier, 2020).Fort de leurs expériences en gestion des épidémies tel que l’Ebola en 2014 (Belsoeur,2020), les pays d’Afrique subsaharienne ont donc sonné la mobilisation générale multisectorielle(société civile, acteurs de la recherche) afin de lutter en synergie contre la progression de la pandémie (Dusoulier,2020). Toutefois, l’’application de ces mesures anti-Covid sera associée à des conséquences majeures dans les économies des pays d’Afrique subsaharienne qui, à court et moyen, vivent de crises sociales profondes.

L’histoire retiendra de cette pandémie ses impacts économiques et sociaux conséquents à grande échelle.  Selon la Banque mondiale, dans un rapport paru en octobre 2020, le nombre d’individus vivant avec moins de 2 dollars par jour passera de 88 à 115 millions d’individus (Banque mondiale,2020). Cette décélération n’épargne pas l’Afrique bien qu’elle soit le continent le moins touché du fait de son intégration à la mondialisation. Dans les pays d’Afrique subsaharienne où les économies sont particulièrement extraverties, les États ont été confrontés au tout début de la pandémie à des problèmes notamment au niveau de leurs chaînes de productions ou celles d’approvisionnement (Diaw, 2020). Ainsi du fait de la chute de la demande de certaines matières premières comme le coton, le pétrole, le cacao, les systèmes économiques de certains ont dû faire face à une chute de revenus imprévue. C’est ainsi que Mali a cédé au tiers de sa valeur son coton. Quant à la Côte d’Ivoire, elle a été confrontée à un problème d’écoulement de ses stocks de cacao et de noix de cajou (Dusoulier, 2000). Le ministre ivoirien de l’Économie et des Finances annonçait pour sa part que dans le meilleur des cas, la Côte d’Ivoire enregistrerait un ralentissement de son activité économique de l’ordre de 3.6% et que le scénario médian impliquerait une perte de croissance de 5.6% et dans le pire des cas, la croissance amputée de 6.4% chuterait à 0.8% (La Tribune Afrique, 2020).

Pour sa part, le Sénégal a dû revoir ses prévisions de croissance à la baisse à 1,1% alors que les prévisions projetaient près de 7% en 2020 (Grant Northon, 2020). Les secteurs les plus affectés par la crise au Sénégal sont les secteurs de l’hébergement, de la restauration et du commerce qui ont enregistré des pertes de recettes de 146 milliards de FCFA (Grant Northon, 2020). 

Ainsi, selon la Banque africaine de développement (BAD) dans un document publié en juillet 2020, l’économie ouest africaine connaîtra une contraction de -2,0% en 2020 soit une perte de 6 points de pourcentage sur le taux de croissance prévu avant la pandémie (Diaw, 2020). Aussi dans le cas où la pandémie se prolongerait jusqu’à la fin de 2020, le Produit Intérieur Brut (PIB) réel pourrait chuter de -4,3 % (Diaw, 2020). 

D’un autre côté, les mesures d’endiguement et de distanciation sociale se sont traduites par des pertes de moyens de subsistances de millions de personnes s’activant dans le secteur informel (ONU, 2020).Une baisse des transferts des migrants de 20 % dans l’année 2020 du fait des pertes d’emplois et de revenus a aussi été observée à l’échelle mondiale (Carroué, 2020).Dans les pays d’Afrique subsaharienne une baisse considérable des transferts des émigrés notamment ceux d’Italie, d’Espagne, de France a été observée du fait du ralentissement des activités économiques dans ces pays (Dusoulier, 2020). En effet, les transferts des migrants qui représentent 10% du PIB du Sénégal auraient baissé de 30% (Grant Northon, 2020).

Plus que la crise sanitaire, c’est la crise sociale qui risque d’éprouver considérablement les populations en raison de la forte pression qui s’exerce sur les rares ressources disponibles. A cet égard, le retour du phénomène Barça ou Barsaax[4]peut être perçue comme une des manifestations de cette crise sociale exacerbée par le contexte de crise sanitaire mondiale. Les raisons évoquées par les parties prenantes (convoyeurs et migrant.es clandestin.es) de cette émigration clandestine sont exclusivement économiques. Les convoyeurs justifient leur reconversion dans cette activité illégale par la rareté des ressources halieutiques du fait des bateaux de pêches européens[5] dont les capacités de prises sont supérieures aux leurs. Ceci étant, la crise sanitaire un facteur aggravant la crise sociale endémique vécue par les populations qui voient ainsi augmenter les pressions sur les ressources disponibles[6].

D’un autre côté, il a été observé durant cette crise une augmentation des violences conjugales. Une étude menée par le Bureau régional du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre soutient en ce sens qu’au Mali les violences basées sur le genre auraient augmenté de 35% en avril 2020 avec 484 cas contre 317 en avril 2019 (FNUAP, 2020). Cette augmentation s’expliquerait par la perturbation des activités génératrices de revenus et des services essentiels, y compris la fermeture des écoles, qui aurait exposé les femmes et les filles à plus de violence (FNUAP, 2020). Pourtant, un certain nombre d’États d’Afrique subsaharienne ont mis en place des programmes de résilience comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire afin d’amortir des impacts économiques et sociaux. 

En effet, le Sénégal a mis en œuvre le Programme de résilience économique et sociale d’une valeur de 1000 milliards de FCFA. Ce fonds est destiné aux ménages, aux entreprises et à la diaspora.  Le programme repose sur quatre composantes : renforcement du financement de la santé (64 milliards), distribution de denrées alimentaires aux ménages vulnérables (69 milliards), subvention de factures d’eau et d’électricité durant un bimestre pour les ménages les plus vulnérables, le fonds dédié aux sénégalais de l’extérieur. Une part importante est destinée aux entreprises formelles les plus affectés comme l’hôtellerie, le transport. Le programme prévoit aussi une remise partielle de dette fiscale, une suspension de l’extension de la taxe sur la valeur ajoutée et des mesures d’exonération fiscale. Le programme prévoit aussi le maintien d’un approvisionnement constant du pays en hydrocarbures, produits médicaux et denrées de première nécessité (Ndiaye, 2020).

En Côte d’Ivoire, c’est un Plan de Soutien Économique, Social et Humanitaire estimé à 1700 milliards de FCFA, qui est conçu pour amortir les impacts économiques sur les populations et les acteurs économiques des secteurs formels et informels. Ce plan s’articule autour de trois axes notamment les mesures de soutien aux entreprises, les mesures d’appui à l’économie et les mesures sociales en faveur des populations (OFE, 2020).

Grosso modo, la crise de Covid-19 aurait des impacts plus pernicieux dans les pays d’Afrique subsaharienne sur leur croissance économique. Elle aurait participé au resserrement des conditions financières et d’augmentation des prix des principaux produits exportés et de renforcement des vulnérabilités préexistantes en raison des possibles baisse de revenus. (Organisation des Nations Unies (ONU), 2020).

L’émergence de nouvelles normes sociales

La pandémie de Covid-19 présente une caractéristique particulière. En effet, elle a contraint à une remise en question des fondamentaux des sociétés basées sur les interactions interindividuelles.  En effet, à travers la promotion des mesures barrières telles que la distanciation sociale, la pandémie a contraint les individus à renégocier un nouveau type de contrat social. On comprend, dès lors, que dans les sociétés d’Afrique subsaharienne où les interactions interindividuelles sont au cœur même des dynamiques économiques et sociales ces mesures d’endiguement n’aient pas eu l’adhésion totale des populations. A cela s’ajoute le fait que « l’économie de la débrouille » qui caractérise leurs économies et qui assure la survie de millions de ménages ne reste opératoire que dans un contexte de commerces sociaux intenses. C’est ainsi qu’il a été relevé que les mesures préconisées par les centres africains de contrôle et de prévention des maladies se seraient heurtés, à plusieurs reprises, à la résistance des populations des pays où elles ont été mises en œuvre. Et malgré le fait qu’il y ait eu un déploiement massif de policiers dans des villes ouest-africaines, plusieurs violations du couvre-feu ont été observées (Dusoulier, 2020). Ceci étant, malgré les défis que ces nouvelles normes sociales ont pu poser aux États, la pandémie aura appris le caractère non figé des normes sociales.

Vers un nouvel ordre mondial ?

Avec la Covid-19, l’humanité a pris la mesure de sa communauté de destin en dépit de la flagrance des inégalités socio-économiques. En effet, quels que soient les niveaux d’intégration des États à l’économie de marché, leurs vulnérabilités ont été mises à nu. Les problématiques d’écoulement, d’approvisionnement auxquels les États ont été confrontés alimentent les réflexions sur l’urgence de repenser les systèmes économiques. Cette prise de conscience s’est accompagnée d’un début de remise en question de la société de consommation comme modèle dominant dans les sociétés avancées voire de la mondialisation dont les principes d’inter connectivité ont été mis à rude épreuve. D’aucun.es ont même avancée l’idée de « démondialisation » (Carroué, 2020) qui traduirait un processus de renfermement des États sur eux-mêmes. Dans ce contexte géostratégique inédit, des leaders politiques des pays d’Afrique subsaharienne précisément le Président sénégalais ont appelé à une remise en cause du système mondial global. Ainsi, sans appeler à des pratiques autarciques de la part des États, le président a plutôt plaidé pour une annulation de la dette africaine qui constitue un goulot d’étranglement pour son décollage économique et pour « un nouvel ordre mondial qui met l’humain et l’humanité au cœur des relations international[7]».

De la nécessité de renforcer l’État social

Si les États d’Afrique de l’Ouest sont connus pour leurs défaillances en termes de protection sociale[8], leur investissement dans la gestion de la crise sanitaire de même que leurs mesures prises pour atténuer les impacts socio-économiques de la Covid-19 sur les populations les a remis sur la sellette. En effet, des programmes de résilience ambitieux sont en cours de mise en œuvre afin d’atténuer les dommages collatéraux particulièrement désastreux sur leurs économies. Toutefois, ces programmes présentent un certain nombre de limites. Ils interviennent principalement auprès des secteurs formels de leurs économies. Or, le secteur informel occupe 75% des structures économiques des pays d’Afrique subsaharienne et génère beaucoup d’emplois (Ndiaye, 2020). Ainsi, pour une efficacité des actions, les programmes de résilience mis en œuvre dans le contexte de la crise de Covid-19 auraient gagné à prendre en considération cette spécificité des économiques ouest africaines. Dans cet ordre d’idées, les programmes de résilience auraient également gagné à viser explicitement les femmes et les jeunes du fait de leur surreprésentation dans les activités du secteur informel, principal pourvoyeur d’emploi.

Les pays africains notamment ceux d’Afrique subsaharienne sont parvenus à déjouer tous les pronostics concernant le nombre de décès liés à la Covid-19. En effet, par une gestion proactive, les États ont réussi à endiguer la pandémie. Les programmes de résilience économique et social ont également permis d’amortir un tant soit peu les incidences économiques et sociales dérivant des mesures de contingentement préconisées afin de limiter la propagation du virus. L’action structurante des États gagnerait toutefois à être mieux ciblée et mieux adaptée aux réalités socio-économiques pour des résultats probants surtout au niveau social.


[1]https://www.coronavirus-statistiques.com/stats-continent/coronavirus-nombre-de-cas-europe/

[2]https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-maladies/2657799-coronavirus-monde-mort-deces-cas-carte-chiffres-courbe-bilan-covid-19-vaccin-grande-bretagne/

[3] https://www.francophonie.org/veille-covid19

[4]Bien que l’épicentre de ce phénomène soit le Sénégal, le convoiement à bord de pirogues de pêcheurs qui se sont reconvertis dans cette activité concernent des migrant.es en provenance des pays limitrophes (Gambie, Mali, Guinée Conakry° qui cherchent à rallier l’Espagne. Ce phénomène est appelé « Barça ou Balsakh » (littéralement « aller à Barça ou à l’au-delà »). Entre octobre et novembre 2020, plus de 200 jeunes ont péri dans ces voyages périlleux.

[5]Annoter que ces bateaux de pêche européens s’activent dans les eaux sénégalaises en vertu d’accords de pêche passés entre le Sénégal et l’Union Européenne. Le dernier date du 1er octobre 2020. Ainsi, le Sénégal autorise les navires de l’Union européenne à accéder dans ses eaux. Au total, 28 thoniers senneurs congélateurs, 10 canneurs et 5 palangriers espagnols, portugais et français pourront prélever quelque 10.000 tonnes de thons annuellement. De plus, deux chalutiers espagnols auront des licences pour pêcher 1 750 tonnes par an. (Source : Afrimaghttps://afrimag.net/peche-senegal-signe-accord-avec-lue-juge-scandaleux/)

[6]D’après les nombreux témoignages de migrant-es rescapé.es recueillis par les médias.

[7] L’allocation du président sénégalais le 1er avril 2020.

[8]A titre d’exemple, le système officiel de protection sociale au Sénégal ne couvre que 18% de la population active, excluant les acteurs du secteur informel et du secteur primaire (agriculture, élevage et pêche) ainsi que les populations démunies (Ndiaye, 2020).

 

Ndèye Faty Wane, Ph.,D – Chercheure associée au laboratoire d’études et de recherches  appliquées à l’Afrique de l’Université de Québec à Chicoutimi

https://azamag.com/impacts-socio-economiques-du-covid-19-quid-de-la-mondialisation/

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Rebaptisons la COP 22 en Create Our Peace 22 car l’urgence c’est de réfléchir aux conditions d’une paix mondiale durable qui a la particularité d’être une problématique transversale à toutes les problématiques notamment celle du développement durable. Mais contrairement à tous les autres enjeux qui jusque-là ont mobilisé les leaders politiques mondiaux, l’enjeu d’une paix mondiale durable les obligera à une certaine déconstruction si tant est ils souhaitent vraiment cette paix! En fait, cette déconstruction fait appel à un changement de posture, de grille de lecture des rapports multilatéraux voire un changement tout simplement de paradigme. Il faut que les dirigeants sachent et acceptent que le monde a changé, change et continue de changer et les hommes aussi!!! Leurs paramètres d’analyse essentiellement basés sur un benchmarking entre puissances ne cessent de relever leur inopérance face à un homo novus, à l’ego surdimensionné, feignant d’être blasé ou il se trouve sur la planète. Comment en est-on arrivé là? Par les TIC à coup sûr, par ses multiples plateformes qui permettent les mises en scènes personnelles, concrétisent les aspirations à la célébrité même éphémère de Moussa, Jean, Daouda ou Fama.

En moins d’une trentaine d’années, les TIC participent au processus de dématérialisation du monde. La matière (puissance économique, militaire, etc.) qui jusque-là tenait le haut du pavé dans les relations multilatérales et entre les hommes perd insidieusement sa place au profit du monde immatériel celui des Idées. C’est le retour des idéologies me diriez-vous? Non, répondrai-je, c’est bien plus complexe que cela! A mon sens, il s’agit du retour de l’Homme, de sa volonté de recentrer le débat (et les projecteurs) sur lui aux fins de démontrer que la conscience humaine est un héritage commun quel que soit là où le hasard a bien voulu le placer. Cet homo novus sonne le glas aux monopoles, à tous les monopoles : monopole de la parole, de la mise en scène, des sensibilités. Malheureusement, le monde des idées est le lit aussi bien des bonnes idées que des mauvaises idées. Le meilleur legs aux générations futures est le retour aux principes universels de respect de l’Homme tout court, gage de paix (salam) et de sérénité. Cet appel à la paix est un appel à toutes les mamans. Nous voulons le meilleur monde pour nos enfants sortis de nos entrailles. Ils ne sont pas nés pour mourir bêtement!!!!

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Toutes les formes de gouvernance démocratique imaginées par les hommes présentent la particularité de n’avoir pas été capables d’éradiquer la partisanerie. Qu’il s’agisse du régime présidentiel du modèle américain, du parlementarisme britannique et du régime semi-présidentiel français issu de la Vième République, la partisanerie, cette tendance quasi-généralisée des chefs de parti élus par leurs populations à mettre les intérêts partisans au dessus de l’intérêt général et donc de remettre en cause même les principes de l’État de droit semble être une limite intrinsèque de la démocratie.

Si l’on peut concevoir, du moins dans le régime présidentiel américain et celui semi-présidentiel français imaginé par De Gaulle, la volonté d’instaurer des conditions optimales  de gouvernance pour les pouvoirs exécutifs, il reste que l’analyse des situations populations politiques notamment celle de la France et des États-Unis laissent entrevoir ce penchant très manifeste de la partisanerie. Toujours est il que cet attachement à la partisanerie dans les pays susnommés, quoique déplorable, n’a pas empêché une conduite des affaires économiques et sociales les ayant menés au succès. L’American Way of Life, on le sait, est un mainstream au pays de l’Oncle de Sam que partagent démocratiques et républicains.

Pour ce qui est des pays africains, la partisanerie dans la quasi-totalité des régimes présidentiels se mélange à la sauce du patrimonialisme, du clientélisme et pire parfois à l’ethnicisme.  Cette forme de partisanerie particulière remet en question l’existence même de l’État de droit car elle efface les frontières fragiles entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Quant à ces effets sur la conduite des affaires économiques et sociales, ils sont tout simplement désastreux. Le souci d’entretenir les clientèles politiques rend subsidiaire les politiques et programmes pour une justice sociale effective. L’entretien des clientèles politiques met surtout en mal la distribution de la richesse. Dans ces contextes, il ne faut s’étonner que le militantisme politique soit considéré par les acteurs sociaux comme un facteur de mobilité sociale.

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Les théoriciennes et militantes féministes ont saisi depuis longtemps ce mécanisme (qu’elles ont nommé le plafond de verre) qui matérialiserait cette ligne invisible qui empêcherait les femmes d’atteindre les hautes sphères décisionnaires et ce dans tous les milieux. Il faut dire parfois que ce fameux plafond de verre devient pour certaines femmes carrément un plafond de fer suspendu au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès. Mais est ce que l’existence de ce plafond de verre-fer, comme les théoriciennes féministes le laissent sous-entendre, émane de l’action directe des hommes?  Une analyse fine de la dynamique de construction de ce fameux plafond laisse plutôt voir une participation active des femmes de la conception de ce plafond.

En effet, plusieurs courants théoriques ont permis de mettre le doigt sur ce mécanisme subtile  notamment ce courant théorique dans le mouvement féministe qui a permis l’explicitation du concept d’empowerment et en sociologie  la théorie de Bourdieu de la violence symbolique.

L’empowerment (une notion difficile à traduire avec exactitude en français) a été d’abord théorisé par des penseurs brésiliens d’origine africaines  dans le cadre de la lutte pour les droits de leurs compatriotes noir-es pour signifier la nécessité de leur inculquer une prise de conscience du pouvoir personnel dont ils sont détenteurs.  Cette action plutôt militante était destinée à changer  la structure des rapports de domination de la population blanche sur la population noire et à la rendre plus égalitaire. Cette notion a été  introduite dans le mouvement féministe par les militantes racisées ( noires africaines particulièrement) d’une part pour contester  l’orientation homogénéisante des revendications féministes plutôt marquées par la suprématie de la cause des femmes blanches et d’autres part pour signifier de la nécessité d’opérer des actions d’incitations et de sensibilisations à la re-prise de leur pouvoir ( le pouvoir en , le pouvoir sur et le pouvoir de…).  À noter qu’on n’en est pas encore à la notion de discrimination positive qui viendra bien après dans la théorie et l’action féministe.

Pour ce qui est de la violence symbolique théorisée par Bourdieu, ce mécanisme opère, selon cet auteur, insidieusement et efficacement et structure les rapports de pouvoir entre dominant-es et dominé-es tendant à légitimer la domination aux yeux mêmes des dominés. Contrairement à ce que nous savons de l’exercice de la violence basé sur l’usage de la force, cette violence symbolique a ceci de particulier qu’elle n’use point de la force. La violence symbolique s’exerce et s’incruste plutôt dans les structures mentales des dominé-es pour s’y installer confortablement et commander et inspirer leurs rapports aux dominants. On comprend bien ici que les circuits de socialisation permettent l’opérationnalisation de la violence symbolique.
Ainsi donc, pour mieux comprendre la persistance de ce plafond de verre-fer alors que presque toutes les statistiques de l’éducation révèlent des performances scolaires des filles, il faut se tourner du côté de la socialisation différenciée (ou la socialisation de genre) des filles et des garçons entamée dès la prime enfance (socialisation primaire au sein principalement de la famille.) En effet, la socialisation « genrée » instaure des prescriptions comportementales différentes des garçons et des filles en vue de la reproduction des rôles de sexes. Ainsi, lorsque cette socialisation différentielle incite et même parfois encourage l’extraversion des garçons et initie les filles à l’introversion; nous comprenons mieux la domination masculine dans les structures sociales, politiques etc.
Au final, au vu de ces éléments non exhaustifs, il n’est pas possible de soutenir la facticité de ce plafond de verre ce qui relèverait de la mauvaise foi. Toutefois, un appel à toutes les femmes pour une prise de conscience de leur part de responsabilité dans le maintien de ce plafond de verre est nécessaire pour espérer sa déconstruction.

 

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L’exploitation imminente des ressources pétrolières et gazières suscite à la fois espoir et émoi au sein de la population sénégalaise. Les montants des recettes prévisionnels donnent le tournis 84 000 milliards de Fcfa selon Mamadou Faye le directeur général de la PETROSEN.

Qu’est ce que l’État prévoit-il de faire avec tout cet argent. L’idée d’en réserver une partie aux générations futures dans une perspective de développement durable est intéressante à plus d’un titre. Toutefois, les Sénégalais-es  devraient être convié-es à une réflexion plus approfondie sur l’usage de cette manne financière pour que cet argent participe « du développement réel du pays et [soit] au bénéfice des populations » comme l’appelle de ses vœux  le Président de la République. Jusqu’à date la démarche adoptée par les autorités (pour autant qu’elle ne cache pas une stratégie politique) est tout de même exceptionnelle. En effet, cette invite à une gestion transparente et inclusive de ces ressources est à saluer en espérant qu’elle soit réelle et effective.

Dans cette lancée heureuse, nous devrions aussi réfléchir sur les avenues à emprunter pour que les incidences financières de l’exploitation de ces ressources soient perceptibles sur le niveau de vie des populations sénégalaises. En d’autres mots, il faudrait s’attendre à une transformation visible des conditions économiques et sociales des populations sénégalaises.

Cette analyse nous fait tomber de plein pieds dans les questions de développement. Toutefois, postuler des perspectives de développement présuppose un tant soi de faire un état des lieux de la situation actuelle à l’aide d’un outil d’analyse ou modèle explicatif. Or, les canevas théoriques utilisés par les théoriciens du développement n’aident pas à une appréhension optimale du réel économique du Sénégal. En effet, l’économie sénégalaise de même que le niveau de développement qui va avec est de nature hybride voire multi-facettes. Ils coexistent des pôles de croissance et de développement soutenu et de déserts économiques et de pauvreté endémique dans les centres urbains. Quant au monde rural, il peine à se sortir d’une pauvreté infrastructurelle et structurelle malgré l’existence de potentiel économique réel. Dès lors, le recours à un modèle explicatif global devient inopérant et impertinent. Par exemple, il sera difficile de se situer les cinq étapes du développement décrites par Rostow tellement les pans de l’économie sénégalaise se prêtent à toutes les cinq étapes du développement ( la société traditionnelle, les conditions préalables au démarrage, le démarrage (take off), la marche vers la maturité, l’ère de la consommation de masse.)

La difficile appréhension de l’économie sénégalaise dans un moule théorique global ne devrait pas nous dispenser d’une analyse situationnelle des pays qui ont été à l’avant-garde du développement industriel tel que l’Angleterre et le Japon et ce, même si les auteurs ne s’entendent pas ici aussi à un modèle explicatif uniforme. La croissance soutenue et solide de ces pays ce serait principalement fondée sur quatre éléments fondamentaux que sont les ressources humaines, les ressources naturelles, la formation du capital et la technologie. Ce qui a amené les économistes Samuelson et Nordhaus, (1998) à soutenir qu’il existerait quatre roues de la croissance (ou facteurs de croissance) qui seraient les ferments de tout développement.

En conséquence, une articulation structurante de ces quatre paramètres à partir des retombées financières issues de l’exploitation du pétrole et du gaz  est attendue dans nos stratégies actuelles de développement pour que la découverte de ces ressources soit une source réelle de profit et profitable à toutes et tous.

Toutefois, il n’en prend pas que cela pour que la mayonnaise du développement tienne. Ce qui, à mon avis, constitue un oubli fondamental c’est la question des valeurs. Elle n’est rarement abordée dans les écrits sur le développement même implicitement. La question des valeurs dans les politiques de développement est donc traitée comme un « allant de soi ». Or, l’analyse des pays dit aujourd’hui développés démontre à suffisance que la construction d’un projet de société sur la base d’un corpus de valeurs partagées telles que le don de soi, la conscience professionnelle, la responsabilité individuelle et collective, la discipline, une solidarité organique a été un puissant moteur de leur essor.

Fort des ces expériences, nos dirigeants ne devraient pas éluder cette question des valeurs dans les stratégies de développement au risque de rendre inefficaces leurs efforts en ce sens. Ainsi, si tant est que les constructions langagières ont des ancrages sociaux réels, les concepts de fula, fayda et jom*  devraient logiquement être le substrat de notre corpus de valeurs.  Ces concepts de notre cru parfois dévoyés et pervertis en raison des conditions sociales et économiques difficiles devront faire l’objet d’un dépoussiérage et d’une réappropriation collective.

À notre sens, mixer nos valeurs traditionnelles aux principes de bonne gouvernance (arrimés à l’idéal de démocratie) à savoir la transparence, la promotion de la justice sociale et en faire le fil conducteur de nos stratégies de développement nous garantirait un succès indéniable considérant que l’humain reste (et doit rester) l’alpha et l’oméga de tout développement.

* Mot sénégalais pour dire vergogne ou courage

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imagesEntité spatio-politique lilupitienne  s’il en est une, la Gambie n’en reste pas moins un État à part entière reconnue par ses pairs. Incrustée dans le Sénégal, la Gambie partage avec lui un espace culturel quasi-identique. Avec une population d’1,9 million d’habitants, la Gambie se caractérise par un taux d’urbanisation assez élevé (plus de la moitié de sa population) et une économie portée par le tourisme[1] et le secteur des services. Cependant, l’économie gambienne a amorcé la pente descendante depuis les années 2010 ce qui a nécessité le chaperonnage des institutions de développement international notamment le Fonds monétaire international pour lui éviter la banqueroute. C’est ainsi qu’un fonds de 30 millions de dollars américains fut mis à la disposition de la Gambie qui se devait en retour d’assainir ses finances publiques et de booster sa croissance. Mais avec à un pouvoir politique arbitraire incarné sous les traits d’un dictateur, les autorités gambiennes n’ont pu respecter leur engagement ce qui a poussé une énième intervention du Fmi par la mise en place d’un programme de suivi personnalisé pour éviter la faillite. À tout cela s’est ajouté un déficit budgétaire dû aux dépassements des dépenses prévues  qui a fait passer ce déficit de 4.4 % du PIB en 2012 à 11.0 % en 2014 et environ 9.6 % en 2015. Les tentatives de redressement des autorités politiques par le biais d’un endettement domestique n’ont fait qu’empirer la situation économique du pays. À ces facteurs de mal gouvernance qui ont plombé l’économie gambienne s’est ajouté l’épidémie d’Ebola en 2014 qui a donné un sacré coup au secteur touristique en sabrant de plus de la moitié le taux de fréquentation des installations touristiques gambiennes. Tous ces éléments maintiennent la Gambie dans la catégorie des pays très pauvres[2].

Tout compte fait, la tâche du nouveau président est colossale mais réalisable. Ainsi, il doit non seulement restaurer un climat sociopolitique mis à mal par l’ex-président mais aussi asseoir les bases d’une saine croissance économique durable.

[1] Elle accueille près de 50 000 touristes par an.

[2] Elle occupe le 175ième rang sur 187 pays selon le rapport du PNUD de 2015.

 

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En Afrique le développement économique, selon les critères des organisations comme le FMI et la Banque Mondiale, se met en place petit à petit. Certains pays sont d’excellents élèves, d’autres sont à la traîne. Mais force est de constater qu’il y en a qui se démarquent, comme par exemple le Rwanda.

On peut dire sans risque d’être contesté que le génie du peuple rwandais c’est d’avoir réussi à se remettre assez rapidement du traumatisme né de la guerre fratricide ayant opposé Tutsi et Hutu en 1994. D’autant plus que l’on sait que les plaies d’une guerre telle qu’elle soit (plus encore lorsqu’il s’agit d’un conflit intra-muros) sont susceptibles de se  transformer en troubles psychiques rendant fastidieux toute idée de progrès. Le peuple Rwanda a décidé de faire de ses démons du passé un moteur pour son avenir. Le pays des milles collines a réussi en moins d’un quart de siècle à se hisser au rang de pays véritablement émergent. Une émergence qui ne se limite pas juste à un slogan puisqu’elle est confirmée par les bons scores que le pays ne cesse d’obtenir dans les classements établis par les institutions de développement international. En 2017, le rapport Doing Business de la Banque mondiale classe le Rwanda au deuxième rang des pays d’Afrique disposant d’un environnement économique, social et politique favorable aux affaires. Au plan mondial, il occuperait le 56ième rang et ce devant le Maroc (68ième mondial), le Botswana (71ième mondial) et l’Afrique du Sud (74ième mondial). Ainsi donc, le Rwanda se serait démarqué par la mise en place d’un arsenal juridique et infrastructurel propice aux affaires (facilité à enregistrer et démarrer une entreprise, système efficace d’accès aux crédits, la protection des investisseurs, la lutte contre la corruption, le paiement des impôts.

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Le choix stratégique des autorités politiques rwandaises en matière de développement ne souffre d’aucune équivoque comme l’attestent les propos de Francis GATARE, Directeur du « Rwanda Development Board » (RDB) : « Le Rwanda a mis l’accent ces dernières années sur l’optimisation de l’industrie des services et a capitalisé sur les opportunités d’investissement qui favorisent la croissance durable à long terme ». Cette orientation stratégique a fait du pays l’un des hubs technologiques les plus performants d’Afrique et disposant aussi d’infrastructures de calibre international.

Du point de vue de la question de l’égalité des sexes, le Rwanda fait office d’école. En effet, il est le seul pays au monde et ce, depuis 2008 où les femmes sont majoritaires au Parlement (56,3% de femmes). Cette spécificité rwandaise place le pays au premier rang du classement mondial de L’Union Interparlementaire. Selon plusieurs observateurs, les performances économiques spectaculaires du Rwanda s’expliquent en partie par la réhabilitation politique et symbolique des femmes rwandaises, les plus meurtries lors du génocide de 1994.

En résumé, le Rwanda est la preuve qu’il n’y a pas d’excuse au retard technologique et économique. Il est aussi la preuve que le développement est à la portée de tout pays qui s’en donne les moyens politiques, humains de l’atteindre. Malheureusement, alors que le Rwanda a amorcé son « take off », son voisin la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) détentrice d’exceptionnelles ressources naturelles est laissé sur le tarmac.

 

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